Placer 3 millions d'euros après une cession d'entreprise

Le LOI est signé. Le closing approche. Sur le compte courant de votre société, ou bientôt sur le vôtre, trois millions d'euros vont arriver. Ce n'est pas une abstraction comptable. C'est la concrétisation de quinze, vingt, parfois trente ans d'engagement quotidien. Et pourtant, à cet instant précis, beaucoup de dirigeants décrivent la même sensation diffuse : un vertige feutré, mêlé de fierté.

Le capital est là, le téléphone sonne, les conseillers se présentent. Banque privée historique, courtier en ligne, ami fiscaliste, neveu en private equity. Chacun a sa solution. La question utile n'est pas où placer en premier. Elle est plus en amont : quelle fiscalité, quel horizon, quelle transmission.

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Avant de placer, cadrer la fiscalité de la cession

Trois millions d'euros annoncés ne sont pas trois millions disponibles. La fiscalité de la plus-value mobilière prélève par défaut 30 % au PFU (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), auxquels s'ajoute la CEHR de 3 % ou 4 % au-delà de certains seuils de revenu fiscal de référence.

Sur une plus-value brute de 2,8 millions d'euros, l'imposition sèche dépasse 850 000 euros avant CEHR. Le capital net qui rejoint le patrimoine personnel descend mécaniquement.

Plusieurs régimes alternatifs existent : le barème progressif avec abattement pour durée de détention (titres acquis avant 2018), l'abattement dirigeant retraite de 500 000 euros prévu à l'article 150-0 D ter du CGI, le report d'imposition de l'apport-cession 150-0 B ter, la donation avant cession qui purge la plus-value latente.

Aucun n'est universellement supérieur. Le bon arbitrage dépend de l'âge, du calendrier de cession, de la situation familiale, et de l'usage prévu du capital.

D'après le BOFiP-Impôts, bulletin BOI-RPPM-PVBMI-20-30, l'option pour le barème progressif est globale et irrévocable pour l'année.

Donation avant cession et abattement dirigeant retraite

La donation avant cession transfère les titres aux enfants avant la signature du protocole. Au jour de la donation, la valeur fiscale devient la valeur de marché, ce qui purge la plus-value latente entre les mains du donateur. Les enfants cèdent ensuite sans plus-value taxable, hors évolution de valeur entre la donation et la cession.

Les abattements de droit commun (100 000 euros par parent et par enfant tous les quinze ans) et le pacte Dutreil (exonération de 75 % des droits de mutation sous engagement de conservation) s'appliquent. Sur 3 millions d'euros, l'économie cumulée peut dépasser 700 000 euros.

L'abattement dirigeant retraite de 500 000 euros est une voie distincte, soumise à conditions strictes : départ effectif à la retraite dans les vingt-quatre mois avant ou après la cession, détention continue depuis cinq ans, exercice effectif de fonctions de direction. Il ne se cumule pas avec l'abattement pour durée de détention renforcé.

Le rédacteur du protocole ne tranche pas pour vous. Le notaire, l'avocat fiscaliste et le conseiller patrimonial structurent ensemble, en amont.

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Cash personnel ou cash en holding, deux logiques d'allocation

Après cession, le capital se présente sous une forme ou sous l'autre. Cash personnel pleinement disponible, ou cash logé dans une holding patrimoniale au titre du report d'imposition 150-0 B ter.

Les deux univers n'obéissent pas aux mêmes règles. Le cash personnel autorise toutes les enveloppes : assurance vie, PEA, PER, compte-titres, immobilier en direct, démembrement. La fiscalité ultérieure dépend de l'enveloppe choisie et de la durée de détention.

Le cash en holding circule dans un cadre IS. Les revenus de placements financiers sont imposés à l'impôt sur les sociétés, mais les dividendes de filiales bénéficient du régime mère-fille (exonération sauf quote-part de frais et charges de 5 %, ou 12 % hors régime mère-fille selon configuration). Une distribution vers le dirigeant déclenche une seconde couche d'imposition au PFU.

Confondre les deux logiques, c'est risquer un montage incohérent. Une partie des cédants apporte tout en holding par réflexe d'optimisation, sans avoir besoin de capital personnel disponible. D'autres cèdent en direct alors qu'un apport partiel aurait préservé un report sur 700 000 euros.

Le report d'imposition 150-0 B ter et ses contraintes 2026

L'apport-cession à une holding à l'IS contrôlée par l'apporteur place la plus-value d'apport en report d'imposition au titre de l'article 150-0 B ter du CGI. Si la holding cède les titres apportés moins de trois ans après l'apport, le report n'est maintenu qu'à condition d'un réinvestissement économique.

La loi de finances 2026 a renforcé ce cadre. Le seuil de réinvestissement est porté à 70 % du produit de cession. La durée minimale de conservation des actifs de remploi passe à 5 ans. L'immobilier de placement est expressément exclu des actifs éligibles, sauf cas restreints d'activité opérationnelle.

Les actifs de remploi acceptés comprennent les souscriptions au capital de PME opérationnelles, certains fonds éligibles (FCPR, FPCI) avec quotas d'investissement, et le financement d'une activité opérationnelle nouvelle. Le périmètre est exigeant et la documentation, déterminante en cas de contrôle.

Pour un panorama des évolutions 2026, voir notre article dédié à l'apport-cession 150-0 B ter.

Construire une allocation pour 3 millions d'euros

Une fois la fiscalité cadrée et le véhicule de détention choisi, l'allocation se construit autour de trois variables : horizon, objectif de revenu, tolérance à la volatilité. Pas autour d'un produit phare.

Un dirigeant de 58 ans, deux enfants majeurs, qui souhaite tirer 90 000 euros nets par an de son capital tout en préservant une transmission, n'a pas la même allocation qu'un dirigeant de 48 ans qui prépare un second projet entrepreneurial et qui peut accepter dix ans d'illiquidité partielle.

Trois familles d'actifs structurent l'essentiel d'un patrimoine à ce niveau de capital. Les actifs de rendement (fonds euros, obligataire, SCPI, dette privée) servent les revenus réguliers. Les actifs de croissance (actions cotées via ETF ou gestion active, private equity) portent la performance long terme. Les actifs de diversification (immobilier en direct, infrastructure, or, alternatifs) amortissent les cycles.

Les pondérations dépendent du profil. Aucune répartition type n'est universelle. Une grille à 40 % rendement, 40 % croissance, 20 % diversification donne un ordre de grandeur, jamais une recommandation.

Poche de liquidité, poche de rendement, poche de long terme

La poche de liquidité couvre 12 à 24 mois de train de vie, sur livrets, comptes à terme ou fonds euros liquides. Sur 3 millions d'euros, elle représente 150 000 à 300 000 euros. Son rôle n'est pas la performance, c'est l'absence de contrainte de calendrier sur les autres poches.

La poche de rendement vise un revenu régulier. SCPI de rendement (rendements bruts moyens 4 à 6 % selon l'IEIF et l'ASPIM, frais d'entrée 8 à 12 %), unités de compte obligataires, dette privée pour les profils acceptant l'illiquidité. Le rendement net dépend de la fiscalité de l'enveloppe et du véhicule de détention. Le rendement annoncé brut n'est pas le rendement perçu.

La poche de long terme capitalise sans contrainte de revenu immédiat. Actions cotées en gestion indicielle ou active, private equity (TRI cible 8 à 15 % sur 8-10 ans selon France Invest, frais de gestion 1,5 à 2 %, carried 20 %), capital développement secondaire pour réduire la courbe en J.

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Le rôle de l'assurance vie dans un patrimoine post-cession

L'assurance vie reste l'enveloppe centrale d'un patrimoine post-cession bien structuré. Pas pour des raisons de rendement absolu, mais pour la combinaison fiscalité, souplesse, transmission qu'elle articule sur la durée.

Sur les rachats, après huit ans, un abattement annuel s'applique sur les gains (4 600 euros pour un célibataire, 9 200 euros pour un couple), avec un PFU réduit à 7,5 % sur les primes versées avant 70 ans dans la limite de 150 000 euros de primes nettes, puis 12,8 % au-delà. Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus.

Au décès, l'article 990 I du CGI prévoit pour les primes versées avant 70 ans un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis un taux de 20 % jusqu'à 700 000 euros et 31,25 % au-delà. L'article 757 B régit les primes versées après 70 ans, avec un abattement global de 30 500 euros partagé entre bénéficiaires, et application des droits de succession au-delà sur les seules primes.

Sur 3 millions d'euros, deux ou trois contrats d'assurance vie structurés avec clauses bénéficiaires bien rédigées transmettent plusieurs centaines de milliers d'euros nets de droits.

D'après la Fédération Française de l'Assurance, le rendement moyen des fonds euros 2024 s'établissait autour de 2,5 %, à confirmer sur l'exercice suivant.

Assurance vie française, contrat de capitalisation, luxembourgeoise

Trois véhicules cohabitent et ne sont pas substituables.

L'assurance vie française offre l'avantage fiscal au rachat et au décès. Architecture ouverte variable selon l'assureur, fonds euros disponibles, garantie du Fonds de Garantie des Assurances de Personnes à 70 000 euros par souscripteur et par assureur. Bien adaptée aux patrimoines structurés à 3 millions d'euros répartis sur plusieurs contrats et plusieurs assureurs.

Le contrat de capitalisation suit la même fiscalité au rachat que l'assurance vie. Différence majeure : il entre dans la succession (pas de stipulation pour autrui), mais peut être donné ou démembré, ce qui ouvre des stratégies de transmission anticipée que l'assurance vie ne permet pas. Pertinent pour une détention en holding ou un démembrement parent-enfant.

L'assurance vie luxembourgeoise ajoute le triangle de sécurité (ségrégation des actifs entre assureur et banque dépositaire, sous contrôle du Commissariat aux Assurances) et le super-privilège du souscripteur. Pertinente à partir de tickets de 250 000 à 500 000 euros pour des architectures FID, FAS ou FIC sur mesure. Voir notre article dédié à l'assurance vie luxembourgeoise.

Pour un patrimoine global, ces trois véhicules se combinent rarement par hasard.

Anticiper la transmission dès l'allocation

Reporter la question de la transmission après l'allocation, c'est se priver d'arbitrages décisifs. À 3 millions d'euros, la fiscalité successorale en ligne directe atteint 45 % sur la tranche supérieure (droits de mutation à titre gratuit, barème en vigueur après abattement de 100 000 euros par parent et par enfant tous les quinze ans).

Plusieurs leviers se combinent. La donation-partage fige les valeurs au jour de la donation et évite les conflits de réévaluation entre cohéritiers. Le démembrement transmet la nue-propriété aux enfants tout en conservant l'usufruit (revenus, gestion), avec une valeur fiscale réduite selon le barème de l'article 669 du CGI (50 % en pleine propriété pour un usufruitier entre 51 et 60 ans, 60 % entre 61 et 70 ans).

La clause bénéficiaire démembrée d'un contrat d'assurance vie permet à l'usufruitier (souvent le conjoint survivant) de disposer du capital tout en attribuant la nue-propriété aux enfants, qui récupèrent la pleine propriété au second décès sans nouveaux droits.

Sur un patrimoine de 3 millions d'euros, ces arbitrages se décident à 55 ou 60 ans, pas à 75. Une stratégie de transmission anticipée bien structurée fait basculer 400 000 à 800 000 euros de l'État vers les héritiers, en restant strictement dans le cadre légal.

CGP indépendant, banque privée, family office

À 3 millions d'euros, plusieurs interlocuteurs prétendent à votre confiance. Les départager exige de regarder le statut, le mode de rémunération, le périmètre de conseil.

La banque privée intègre conseil et exécution. Pertinente pour qui veut un guichet unique bancarisé. Limites : architecture parfois fermée, rétrocessions structurelles sur les unités de compte, devoir de conseil souvent centré sur les produits maison, fiscalité du dirigeant traitée superficiellement.

Le family office multi-clients structure des patrimoines de 10 à 20 millions d'euros et au-delà. Ticket d'entrée élevé, équipes pluridisciplinaires. À 3 millions, l'écart entre coût et bénéfice se discute.

Les plateformes patrimoniales digitales automatisent l'allocation sur unités de compte. Pertinentes pour des patrimoines simples sans enjeu fiscal du dirigeant ni coordination d'experts.

Le CGP indépendant, statut CIF sous AMF, lettre de mission préalable, transparence sur la rémunération (honoraires ou rétrocessions documentées), couvre la chaîne complète : audit civil et fiscal, structuration, mise en œuvre, suivi. C'est l'option cohérente pour un dirigeant en cession entre 1 et 5 millions d'euros qui veut un interlocuteur unique au-dessus des produits.

D'après la doctrine AMF sur les CIF, l'information sur la rémunération doit être communiquée préalablement à toute fourniture de service.

SourcesBOFiP-Impôts, doctrine administrative fiscale en vigueurLégifrance, Code général des impôts, articles 150-0 A et suivants, 669, 757 B, 787 B, 990 IAMF, doctrine relative aux conseillers en investissements financiersFrance Invest, performances du capital investissement françaisIEIF et ASPIM, rendements et statistiques SCPIFédération Française de l'Assurance, statistiques assurance vie.

Une méthode pour passer du capital à la stratégie

Placer 3 millions d'euros après une cession d'entreprise n'est pas un acte. C'est une séquence. Cadrage fiscal de la cession en amont. Choix du véhicule de détention (cash personnel, holding, donation, démembrement). Définition de l'horizon, du besoin de revenu, de la tolérance à la volatilité. Construction de l'allocation. Mise en œuvre coordonnée avec notaire, expert-comptable, avocat fiscaliste. Suivi dans le temps.

Aucune étape ne se sous-traite à un produit. Aucune ne tolère l'improvisation. Les ordres de grandeur en jeu, plusieurs centaines de milliers d'euros par décision, justifient une méthode formalisée dans une lettre de mission, pas une discussion de couloir.

C'est l'objet d'un premier échange exploratoire avec Adaline Partners. Sans engagement, sans produit à pousser, sans rétrocession orientée.

Cet article est rédigé à titre purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal personnalisé, ni une sollicitation. Les dispositifs présentés évoluent ; vérifiez l'état du droit en vigueur. Toute décision patrimoniale doit faire l'objet d'une analyse adaptée à votre situation, formalisée dans une lettre de mission.

Structurer votre patrimoine commence par un échange clair.

Fiscalité cession entreprise : régimes, outils et arbitrages
Fiscalité cession entreprise : PFU, abattement retraite, apport-cession, Dutreil. Cadre 2026 et arbitrages clés. Découvrez comment structurer votre cession.